lundi 24 novembre 2014

Junji Ito


Chez Junji Ito, le registre de l'horreur se fait grinçant. L'atroce se rit de ses victimes. Les pires cauchemars sont tournés en dérision, un rire lointain bruisse entre les pages, comme une porte qui couine dans la pièce d'à côté. Le plus souvent c'est la mort elle-même qui fait entendre sa voix railleuse.

Tantôt elle fauche à tout-va, tantôt les morts n'en finissent jamais de mourir, ils hantent, ils suintent, ils se minéralisent, les cimetières envahissent l'espace plus vite qu'une attaque de spams un jour de soldes. Diverses créatures, plus ou moins mal intentionnées, se déploient, remplissent l'air de leur pestilence, arrachent les vivants à leur petite tranquillité. Face à eux, des héros jeunes, frais, au dessin manga classique, devront se méfier de tout: ballons de baudruche,

cirque, poupées, vieux disques, enfants orphelins,

mais aussi des habituels épouvantails et marchands de glace

jusqu'à l'écolière modèle dans sa jupe plissée. Foin de psychopathe déchaîné et tortionnaire. Le danger vient d'une réalité autre, qui parasite méchamment le quotidien jusque là banal des personnages.

À lire: - La Maison de Poupées (recueil 1991-1996)

- Le Cirque des Horreurs (idem 1991-1995)

- Le Voleur de Visages (1987-1997)

Et pour lire en ligne: http://openawesome.com/junjiito.html

lundi 21 avril 2014

Caroline Cesareo :: Humeur de déchet et décharge animée.


"Junkmood", telle est la nouvelle piste suivie par l'amie Caro, qui creuse la frontière entre abstrait et figuratif, ou plutôt évocation. L'aquarelle et la plume s'entremêlent, les formes se meuvent.

On est indécis, chacun reconnaîtra les apparitions à sa porte. Qui verra des monstres de type Blob, s'étirant dangereusement vers les bords du papier, qui verra un village entier s'activer, végétaux, animaux, personnages, objets en mouvement.

Et puis la seconde d'après on ne voit plus que des lignes, des couleurs, libres, batifolant au gré du grain de la feuille, un dessin existant en lui-même, détaché de la représentation.

Une oscillation permanente entre abstrait et représenté, c'est là la dynamique assumée et sans cesse relancée du travail de Caro Cesareo.

++ son site : http://caroline-cesareo.com/

lundi 14 avril 2014

Akino Kondoh :: Les Insectes en Moi


Un dessin précis, délicat, qui se contente de suggérer lorsque c'est bien suffisant, qui s'enlumine de détails lorsqu'ils sont tous essentiels. Ce recueil propose à la fois un résumé du parcours d'Akino Kondoh, en tant qu'auteure de mangas, peintre et illustratrice et un florilège de ses publications.

Mangas puisés au fond d'une imagination centrée sur elle-même, pleine de petits bruits, de souvenirs construits à force de brindilles, de narrations extraites minutieusement de son esprit toujours en éveil, capable de suspendre des rubans dans l'espace ou de broder des boutons ex-voto pour coccinelle.

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Les réfractaires au bizarre, à la rêverie dévalant les pages en roue libre, passeront leur chemin. Les autres se retrouveront, surpris, dans cet univers si familier à force d'être personnel.

++ son site:

http://akinokondoh.com/

dimanche 12 janvier 2014

Succombe qui doit, Rica & Ozanam


Les critiques sont unanimes, cette BD est noire, glauque, impitoyable, violente, à ne pas lire par une nuit isolée et sans lune. Malgré le jaune poussin de la couverture, on s'en serait un peu douté, au vu du dessin qui fend ladite couverture et du titre, ceci n'est pas Tintin au Pays des Guimauves Enchantées.

L'intrigue se comporte comme des sables mouvants, où chaque pas accélère l'engloutissement, chaque page tournée resserre la poigne fatale qui finira par tout étouffer. Le tout rehaussé de pointe d'humour. Parfois.

Et surtout une mise en couleur ébouriffante, qui rend chaque atrocité regardable, voire qui donne envie de revoir encore. Le lecteur est ici encouragé à se régaler des dégringolades d'autrui. Comme une façon d'adopter, de façon retorse et indirecte, le point de vue du seul personnage qui s'en sortira à la fin. À part ça, il est question de boxe

De mises à mort

Et une mention spéciale pour ce petit personnage fort sympathique (graphiquement s'entend, pasque dans l'histoire, on n'a pas vraiment envie de lui faire des gratouillis entre les lunettes)

Le bestiau est tout frais sorti chez les libraires, donc très facilement trouvable. 18€, paye ton ticket pour un enfer rutilant.

++ Rica: http://charkyyy.free.fr

++ Ozanam: http://ozanambd.blogspot.fr